revue

Véronique Deprêtre - Ma femme a un caractère de cochon

ONLIT Editions

Ma femme a un caractère de cochon. Un joli cul d’accord mais un caractère de cochon. Et en plus mon pneu est plat. Elle a dû encore se prendre une putain de bordure de trottoir. Mais je n’ai pas pris la voiture mon chéri… Je l’entends déjà d’ici. Heureusement que tu ne conduis pas comme tu te gares je dis chaque fois, et heureusement que tu ne baises pas comme tu conduis. Alors on rigole et ce n’est pas tous les jours avec son caractère de cochon. Car à part son cul, elle n’a pas trop grand-chose pour elle. Après on s’étonne que je ne lui prête pas la voiture mais franchement, pour aller chez le coiffeur, elle peut bien déposer son petit cul sur un vélo, ça lui musclera le popotin qu’elle a joli d’ailleurs. Hé, son arrière-train sifflera trois fois.

Heureusement que ma femme ne baise pas comme elle pense, ce ne serait pas souvent non plus. Réfléchis un peu plus loin que le bout de tes fesses j’explique, à quoi ça sert qu’on paie l’emprunt de la bagnole, si c’est pour que tu la bousilles sur le premier trottoir venu. En plus de son caractère de cochon, ma femme a l’esprit d’un petit pois. Faudrait-il encore qu’elle ait de l’esprit. En ce qui me concerne, le cul suffit, le reste est à peu près inutilisable hormis la bouche. Elle n’a sous le chignon que son caractère de cochon, et ne me plaît que pour la gaudriole. Ma femme l’a d’ailleurs trop facile, c’est pour cela que je l’enferme. Pour qu’elle cuisine aussi, même si sa bouffe est dégueulasse, je suis obligé de manger le midi avec ma secrétaire, dont les nichons valent le détour. Après je téléphone à ma femme pour le menu du soir – tu fais ce que tu veux, un steak et des frites c’est bon – autant qu’elle fasse cramer ça que le reste, bien que ce soit la seule occupation de sa journée. Au fond ma femme est un trou noir. Son unique neurone lui sert à assortir son sac et ses chaussures, j’ai bien été forcé de l’empêcher de sortir dilapider son héritage dans les boutiques, réfléchis un peu plus loin que le bout de tes fesses, je lui dis, comment on va la payer ma voiture ? Peut-être pourrait-on en prendre une plus petite ? Je l’entends d’ici, incapable de réaliser qu’en-dessous d’un 1600, le moteur n’a aucune reprise, pourquoi pas une diesel tant qu’on y est. Ma femme a la mémoire d’un poisson rouge, en un tour de bocal elle oublie ce qu’elle a à faire, même au lit il faut sans cesse le lui rappeler mais là, bon, elle a son cul pour elle. Pour transposer les galipettes dans la cuisine ou la salle de bains, je dois lui faire un plan de montage Ikea. Et à la fin, il lui reste toujours une dernière vis entre les mains.

À propos de plan, si là par exemple, je lui demandais de changer ce putain de pneu, je parie qu’elle plongerait stupidement sur le mode d’emploi dans la boîte à gant. À supposer qu’elle sache lire, et qui plus est, lire un schéma. Le temps que je fume mes trois clopes, elle finirait peut-être par extirper la roue du coffre, ronde comme tes casseroles, ce n’est pourtant pas si compliqué. C’est bien ça mon chéri ? Je sens que je n’aurais pas fini de poireauter, comme la fois où elle a remis un litre d’huile par la jauge. Ensuite Madame voudrait se laver les mains, par-dessus le marché la chochotte n’aime pas l’odeur d’essence, elle préfère celle des lavatories. Elle filerait se regonfler les poumons de microbes, avec les hordes de mères de famille qui changent leurs tampons et leurs mouflets dans les toilettes poisseuses des stations-service. Et je serais encore obligé de la surveiller pour qu’elle ne s’envoie pas en l’air avec le premier tripoteur venu, devant le distributeur automatique de préservatifs. Je reviens dans trois minutes mon chéri… Je l’entends d’ici, mais je ne lui en laisse que deux depuis que ma secrétaire m’appelle Trois-minutes-douche-comprise. Faut pas me prendre pour un imbécile, je dis, ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces. Où dois-je mettre le cric mon chéri ? Tout lui dire, il faut tout lui dire, elle donnerait encore les premiers coups de boulons avec le pneu en l’air.

Autant l’enfermer là où ses fesses servent à quelque chose. Toute l’expertise de ma femme réside dans son caractère de cochon. Je la vois encore tout à l’heure sur le pas de la porte avant que je la ferme à clé. Surtout sois prudent sur l’autoroute mon chéri. La bouche en cœur. Maintenant que je dépasse ce camion à 160, mon pneu crève juste avant moi, je n’arrive pas à redresser le volant, je me demande comment elle a fait pour le crever ce pneu, putain de caractère de cochon, et au milieu des tonneaux, je vois son joli cul.

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Cette nouvelle est extraite de l'excellent Dérapages, un recueil de vingt-huit nouvelles trash, désopilantes, irrévérencieuses, impertinentes, immorales et signé Véronique Deprêtre,  lauréate du Grand Concours de la Nouvelle 2013 de la Fédération Wallonie-Bruxelles.