revue

Andy Vérol : Des images de bonheur pour pas un rond

ONLIT Editions

J'aime quand tu me souris fort, j'aime être porté par toi, juste toi, et personne d'autre. Je ne vois rien de bon. Je crains de trancher mes veines, j'ai peur de ne plus supporter.

Rien.

Des matelas dégueulasses jonchent le sol. Les trottoirs sont impraticables. La misère est à portée de main. Il n'y a qu'à se pencher et se servir du jus de viande de ces êtres gisant là, pour ne rien te demander. La raison pour laquelle ils restent vivants. Il fait soleil. Il faut du soleil pour qu'ils n'attrapent pas froid. Ils ont bossé dans des usines, dans des bureaux, ils ont été bébés innocents accrochés aux tétons proéminents de leurs mamans ou au téton caoutchouc de leurs biberons d'adoption. Dans les caddies, ils ont mis, en vrac, des tissus, des sortes de vêtements. Ils ont récupéré des objets, des trop-perçus, sans doute, de ceux pour qui la vie n'a réservé que des soucis.

J'ai des jambes immenses qui me portent around le monde. J'ai des bras/élastoc qui me servent à rafraîchir mes doigts dans les nuages la vapeur. Les couleurs de cette vapeur, mes pieds font si mal. Des cheminées crachent leurs acides dans l'air. Un papy tranquille cultive son jardin. Il est retraité. Il est riche. Et il est heureux. « L'argent fait pas l'bonheur, mais qui a dit cette conne-rie, si j'en avais je ferais pas l'con derrière ce micro. » Ils n'agoniseraient pas sur les trottoirs des villes champignons.

Je crois que je vole.
Je plane et ma queue pend molle. Important, la queue d'un homme, pour un homme, pour les autres hommes. Important, le vagin, sorte de verge inversée capacité extrême réseau nerveux extraordinaire.
Si j'avais des pieds de nain dans mon corps de géant, je tomberais à la renverse.

Il y a de la rouille sur la pompe à essence. L'autre là-bas hurle dans son portable. Les nuages, des gros coussinets courent dans le ciel. Le ciel est bleu sperme. Le sol est vert merde.

La maison d'arrêt est plantée là dans les champs. Un homme tousse fort. On entend un homme tousser dans sa cellule. On entend un milliardaire cracher dans son lit-luxe/TANT/MERITE. Le médecin n'a pas le temps à la maison d'arrêt. Le docteur a tout son temps chez pépé/la/tune.
Je pense à toi.
Je suis mieux avec toi qu'avec ces jambes de géant. Je crois que je n'ai eu de cesse de n'être rien. Je vis douleur de n'être rien avec toi. Sans culpabiliser. En étant simplement persuadé que ce temps forcé passé à vivre, je l'embellirai avec toi... Et j'essaierai peut-être, de ne plus penser aux autres.
A la prison gigantesque. La forêt est dense. Il fait presque nuit. On n'y voit plus grand-chose. Et je cours. Je tape des troncs d'arbre. J'entends ses pas.
Les feuilles qui craquent. Elle est à quelques mètres seulement. Je le sais , même si je ne la vois pas. Je la sens proche, en sueur, à retenir de petits cris, tenter de rester silencieuse. J'ai l'impression d'avoir mes jambes de géant. En descendant de l'avion, j'étais imprégné des images de pauvreté insensée que j'avais vu around le monde.
Me fallait quelqu'un. J'ai faim. Y'a pas de noisettes dans les arbres. Les noisetiers, j'suis sûr qu'ils produisent moins de noisettes depuis le trou de l'ozone l'instauration de zones gigantesques partout j'avais besoin de mon bonheur à moi.
En sortant de ma cellule, je n'ai pas réalisé, tout de suite que j'étais libre.
Je savais que ce n'était pas bien ces pensées. Le juge m'avait prévenu qu'il ne faudrait pas essayer de la revoir après ce que je lui avais fait.
Les pensées sont souvent beaucoup plus fortes, plus belles plus affreuses que la loi le jugement les réprimandes les peines de prison. Me sortir toutes ces idées-merde de bonheur de mon esprit. Pris l'avion. Voyager. Voir le monde. Together/forether le monde. L'inside, la vie, la vraie.
L'idée qu'il ne fallait plus penser à elle ?
J'avais quasiment licencié de ma mémoire les souvenirs de cette nuit où mes poings incontrôlés s'étaient abattus sur son visage joli. Tout ses va-te-faire foutre tous ses t'es qu'un gros taré m'avaient définitivement rendu fou.
Le boulot. A pu. Les amis. A pu.
Et elle qui semblait vouloir disparaître. Moi, j' veux pas ça. Moi j'voulais l'Amour comme au premier jour. Je voulais simplement qu'on se regarde. Allez ! On efface tout ! j'ai pas fait de crises ! J'ai pas été méchant ! J'étais pas bien ! -Tout va aller mieux hein ?!
Hein ?!
Et le contraire. Elle qui rejette. Qui en a marre. Moi qui ne sais plus comment m'en sortir... Quand la vie t'échappe. Quand tu sais que tu as tout ruiné, au fil du temps, que c'est irréversible.
Tu sais que t'as plutôt des jambes de nain avec des pieds de géant. Tu marches comme un clown, t'empiètes comme un naze sur les trottoirs/misère des vies. Tu crois aller de l'avant, et tu fais marche arrière dans le pare-choc/vie de quelqu'une autre.
Elle est là, coincée dans ce buisson de ronces. J'entends sa voix grésiller : "Non, s'il te plait non." Ce n'est pas que je lui en veuille vraiment.
C'est plutôt que j'en ai besoin du bonheur.
J'ai besoin de le récupérer son Amour, quitte à lui briser le cou, lui ouvrir le ventre, pour sortir de sa moelle, de ses entrailles, ce très vibrant bonheur. Le monde en paix. With le monde. Chez le monde. Le At Home de l'esprit, l'Amour. Ses joues sont trempées de larmes. Je le sens du bout de mes doigts. Le ciel s'est crispé vers la nuit. Un son strident de violoncelle irritant. J'aime bien cette mélodie dissonante. C'est comme ma vie. Comme cette quête du bonheur qui finit dans les coups puissants que je lui assène...
Avec douleur...