A propos de la robe de nuit

Publié par ONLIT Editions le

Véronique Janzyk revient sur son livre, La robe de nuit, paru chez ONLIT Editions ce 10 octobre 2018.

"C'est un livre né suite aux problèmes de santé de ma mère. Un livre né lors de ses séjours à l'hôpital, en revalidation, à l'hôpital encore, chez elle et puis chez moi. Ecrire, c'était une manière de la rendre présente. En écrivant, je la ramenais chez moi. Elle était entre des mains que j'espérais bonnes.

J'ai aussi écrit dans des chambres, c'était une façon d'être moins impuissante. Je ne pouvais pas raconter de manière anecdotique ce que je vivais, ce que nous vivions : genre maman voit ceci, voit cela, croit que. Il fallait remettre en récit tout ça parce que ça a un côté douloureusement grandiose, quand votre mère vous dit : tout faire pour la première fois ce n'est pas facile. Il fallait raconter dans la durée et rendre le panache que cette période de la vie avait. Le courage de ma mère et de toutes les personnes fragiles que j'ai croisées. Je ne pouvais pas en parler non plus au personnel soignant, si occupé. Je me suis tue peut-être par lâcheté, peut-être pour éviter que ma mère soit encore moins bien traitée.

La Robe de nuit, c'est celle qu'on lui interdisait de laver et de mettre à sécher quand elle voulait encore "faire quelque chose". On lui reprenait. Je la trouvais en boule dans un sac que j'étais sommée de reprendre. Cette robe de nuit, j'en rêvais. Je rêvais que j'arrivais et que d'avoir été lavée par elle, sa robe de nuit était encore plus belle et plus douce. ça a été une période de séparation mais aussi une relation fusionnelle (alors que nous avions souvent été dans un mode de communication plus conflictuel). Ma mère était créative avec ce qui lui arrivait. Elle avait tous les âges et moi aussi. On voyageait dans le temps. On riait. La moindre des choses, c'était de lui rendre hommage dans un livre, avec affection et colère, une colère que j'éprouve encore à l'égard du peu de cas que l'on fait des personnes âgées, très âgées, comme si elles avaient assez vécu. On n'a jamais assez vécu.

C'est un livre haché, martelé, comme tous ces pas faits entre des maisons, des parkings, des couloirs, des bureaux, des pas entre un lit et une salle de bain, des pas dont j'avais parfois honte, honte de pouvoir marcher devant des humains sur le flanc."


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