Serge Delaive : Tango

Publié par ONLIT Editions le

La rue triste et noire
Danse dans le soir
Etalé sur les trottoirs de la ville
Qui luisent sous la pluie
Et la lumière inverse des lampions
Dans la rue à  bordels
Où les putains s’ennuient
En étirant les lèvres
Sur le filtre de leur cigarette
Martin Nunca titube le long des murs
Les larmes déchirent ses joues
Comme de la chaux vive
Il a bu le sang des vignes au goulot
Les coulées du soleil de Mendoza
Enfermées entre les parois de verre sombre
Alors que la nuit mange ses promesses
Gabriela ne voulait pas de lui
Elle a offert son corps à ce banquier
Elle a offert ses hanches et ses jambes
Blanches comme le lait des dieux
Jambes que Martin agrippe sous la lune
Parmi les draps de satin en une orgie
D’éclats fulgurants d’étincelles
Dans la pénombre ouatée de son cerveau 
Martin Nunca hurle sa douleur
Dans la rue des bordels
Et l’écho de sa voix
Ricoche contre les murs
Avant d’étouffer entre les seins
Rebondis de quelques putains
Fatiguées lasses d’attendre
Que le jour efface la nuit
Cette nuit infinie des chagrins
Qu’un homme solitaire habite
En titubant de pavé  en pavé
Avec sur le dos le fardeau
D’un amour déçu d’un amour jeté
Dans le caniveau d’un soir éteint.