Corentin Jacobs : Water closed

Publié par ONLIT Editions le

Jimmy Hirsch va aux toilettes.

Jimmy est au Club Paradise.

Une immense boite métallique perdue au milieu d’un champ.

Il est 03h00.

Depuis 22 heures, Jimmy a bu douze bières, quatre Gin Tonic, deux double vodka glacées et a fumé un paquet de cigarettes.

Il a entrecoupé le tout de trois cafés noirs pour tenir le coup.

Un tel mélange vous dévisse l’estomac à mille chances sur mille.

Jimmy abandonne la piste.

Parce que Jimmy danse.

Jimmy danse pour draguer.

Pas pour le plaisir de la musique et des podiums.

Nuance.

Jimmy est dans les toilettes.

Elles sentent toutes l’eau de javel.

Madame Pipi demande une pièce de cinquante centimes à chaque passage.

Cinquante centimes pour garantir à la clientèle d’uriner dans des chiottes propres.

Quand elle entend les pièces résonner dans sa soucoupe en porcelaine, Madame Pipi sourit.

Madame Pipi rêvait d’un autre métier.

Pas de récurer des toilettes pour survivre.

La vie n’est pas toujours un abonnement au luxe et au confort.

Jimmy Hirsch chauffe la lunette.

Le ventre de Jimmy-La-Drague gargouille.

Dans la toilette de gauche, une femme joue au pompier avec la lance d’un type.

Vu les petits cris de plaisir du voisin, la fille est une Reine de la Discipline.

Les toilettes ne sont pas un lieu de souffrance pour tout le monde.

Un homme joue au dix pas devant les toilettes de Jimmy et du couple.

Jimmy voit les chaussures par le bas de la porte.

Elles brillent et ont des lacets jaunes.

L’homme est entré dans la toilette de droite.

Il est assis sur la planche de la toilette.

Il ne compte lâcher aucun lest.

L’homme est Bob Shewford.

Shewford a les yeux rouges.

Imbibés d’alcool.

D’un peu de drogue aussi.

Bob-l’Albinos sort un flingue d’un étui attaché à sa cheville droite.

Magnum 357.

Trois. Cinq. Sept.

Une combinaison programmée pour tuer.

Une balle dans le cœur et vous êtes au paradis pour longtemps.

Jimmy masse des deux mains le bas de son ventre pour expulser la merde qui lui déglingue la mécanique intérieure.

Ce massage évite à l’utilisateur de forcer sur les sphincters.

À côté, à force de prier une lance, la femme ressent des douleurs aux genoux.

Des mains lui caressent les cheveux.

L’homme pousse toujours des petits cris.

Comme des pets de lapin.

Sur sa toilette, Jimmy pense à son prochain Gin Tonic et à sa prochaine cigarette.

Bob Shewford joue à tirer sur la porte.

À blanc.

Son 357 brille.

Son 357 est neuf.

Un cadeau de son frère.

Un entrepreneur sans scrupule.

Shewford est son bras droit.

Shewford commence sa journée à 08h00 avec un rail de coke.

Shewford sniffe la blanche dans la cuisine, entre l’évier de droite et la cafetière.

La fille de la toilette de gauche se dénude.

Elle veut sentir le sexe de son amant la pénétrer jusqu’à l’orgasme.

Au bout à droite, et à la chicane à gauche.

Elle change de position.

Elle veut prendre son pied.

Jimmy continue à extraire ses déchets naturels.

L’anus de Jimmy est en délicatesse.

Ring on fire.

Jimmy a mal.

Bob-Le-Magnum a mal aussi.

Pas à l’anus, loin de là.

Il est plutôt constipé ces derniers jours.

La douleur lui perfore le cœur.

La douleur provient d’une vilaine pique aiguisée de jalousie.

De la jalousie shootée à la colère.

Un mélange à éviter.

Une femme lui a brisé le cœur.

Une jolie femme d’une vingtaine d’années.

Une étudiante en psychologie.

Une petite fumeuse d’herbe.

Yeux bleus, cheveux châtains, nez fin et lèvres chaleureuses.

Poitrine melonnée.

Exquise.

Elle prend son pied dans la toilette d’à côté.

Jessica a bon.

Jessica a toujours fantasmé de jouer à la cochonne avec un inconnu dans les toilettes du Club Paradise.

Elle concrétise un trip d’adolescente.

Bob Shewford veut la tuer.

Shewford suit Jessica depuis leur séparation.

Sacrifier une vie pour sauver son honneur.

C’est sa loi.

Jessica gémit à un rythme plus soutenu.

Son amant la propulse vers le septième ciel.

Bob Shewford pense tellement fort à buter de sang froid Jess-La-Catin-d’un-Soir qu’il le murmure.

Shewford enlève le cran de sécurité de son 357.

Jimmy a tout entendu.

Malgré le bruit d’à côté.

Jimmy a les oreilles bien propres.

Jimmy a peur.

Une fuite immédiate est impossible.

Il a son pantalon en bas des chevilles, son caleçon au milieu des cuisses et un filet d’excrément au cul.

Jimmy crie.

«  C’est la toilette d’à côté ! C’est là qu’il faut tirer ! »

L’amant interrompt son va-et-vient.

Il sort son flingue.

Pas de chance pour Shewford-Vendredi-13, Jessica a pêché du lourd.

Juan Martinez est au service du banditisme depuis trente ans.

Martinez est une brute épaisse.

Un mot de travers, il vous perfore la peau.

Jessica ne crie plus.

Jessica est aphone.

Jessica a peur.

De Martinez.

De Bob-357.

Jimmy plonge au sol.

De la merde l’éclabousse au bas du dos et à l’intérieur des jambes.

Il gueule.

« Ne me tuez pas ! »

Martinez dégaine en premier.

A l’aveugle.

Shewford est surpris.

Il répond dans la seconde sans formule de politesse.

Madame Pipi fuit son bureau.

Elle crie après la police.

Martinez est touché au bras droit.

Il rétorque d’un coup de fusil.

La deuxième balle a blessé Bob-Le-Cocu à l’épaule.

Jessica est aussi au sol. 

En-dessous de la cloison, elle aperçoit Jimmy.

Il a les mains sur les oreilles, les yeux clos et quelques larmes lui coulent le long des joues.

Jessica pleure aussi.

Signe de solidarité dans ces moments difficiles.

Nouveau coup de fusil.

Martinez reçoit une balle dans le bas du ventre.

Du sang coule sur le dos de Jessica.

Jessica sert les mâchoires pour éviter d’hurler.

Martinez demande à Shewford de baisser les armes.

Shewford refuse net.

Malgré une balle dans la jambe.

Chacun tire encore deux fois.

Les cloisons des deux toilettes prennent des allures de morceau de gruyère helvète.

Les carrelages blancs de Madame Pipi ont des teintes rouges.

Shewford a du plomb dans les poumons.

Shewford a la force de lancer une dernière offensive.

Shewford troue la cervelle de Martinez.

La chance du débutant.

Martinez tombe à moitié sur Jessica.

Martinez meurt le zizi à l’air.

L’oiseau quitte la cage.

Shewford n’est pas en meilleure forme.

Il est déjà au sol et sera bientôt au ciel.

Jessica repousse Martinez.

Jessica balance des jurons.

Trois vilains mots à la seconde.

Pendant une demi-minute.

Jessica réajuste sa robe, ferme son dessus et est dégoûtée à cause du sang qui la mouille.

Jessica sort de la toilette.

Elle défonce d’un cou de coude la porte de la toilette de Jimmy.

Jimmy est toujours couché au sol.

Jimmy pleure encore.

Jimmy a le cul à l’air.

Jessica lui dit :

«  Lève-toi et viens avec moi. »

Jimmy-La-Pseudo Drague lui répond :

«  Pourquoi ? »

«  Échappe-toi d’ici avec moi. Sinon tu ne chieras plus jamais à l’aise. »

Jessica prend la main de Jimmy.

«  Fais-moi confiance. A deux, on ira loin. »